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Sérénité et la poésie de Thiago de Mello

Par Marie Rhéaume

Thiago de Mello, de son vrai nom Amadeu Thiago de Mello est une icône de la poésie et de la littérature brésilienne.  Si sa popularité est indéniable dans le pays portugais, il reste pourtant méconnu en Amérique du Nord. Le journal partage l’une de ses œuvres, Os Estatuos do Homem ou les Statuts de l’homme, en français.

Écrit en 1964 alors que le poète était en exil à Santiago, au Chili pour fuir la dictature militaire du Brésil ; ce manifeste poétique permet de de prendre un second souffle sur l’environnement, et de se concentrer sur nous-même et le vivre-ensemble. Et ce, dans un contexte de fin de session, où on a tendance à négliger notre bien-être et le monde qui nous entoure.

Les statuts de l’homme

A Carlos Heitor Cony

Article 1.

Il est décrété que maintenant la vérité existe,

que maintenant la vie existe

et que la main dans la main

nous travaillerons tous pour la vraie vie.

Article 2.

Il est décrété que tous les jours de la semaine,

y compris les mardis les plus gris,

ont le droit de devenir des matins de dimanche.

Article 3.

Il est décrété qu’à partir de cet instant,

il y aura des tournesols à toutes les fenêtres

et que les tournesols auront le droit

de s’ouvrir dans l’ombre,

et que les fenêtres doivent rester, toute la journée,

ouvertes sur le vert ou grandit l’espérance.

Article 4.

Il est décrété que l’homme

n’aura plus jamais à

douter de l’homme

Que l’homme fera confiance à l’homme

comme le palmier fait confiance au vent,

comme le vent fait confiance à l’air,

et comme l’air fait confiance au champ bleu du ciel.

Paragraphe unique :

L’homme fera confiance à l’homme

comme l’enfant fait confiance à un autre enfant.

Article 5.

Il est décrété que les hommes

sont libérés du joug du mensonge.

Qu’ils n’auront plus jamais besoin

de la cuirasse du silence

ni de l’armure des mots.

L’homme se mettra à table,

le regard limpide

parce que la vérité sera servie

avant le dessert.

Article 6.

Est instauré pour dix siècles

le rêve du prophète Isaïe, réalisé :

le loup et l’agneau paîtront ensemble

et ce qu’ils mangeront aura le même goût d’aurore.

Article 7.

Par décret irrévocable est instauré

le royaume permanent de la justice et de la clarté

et la joie sera un drapeau généreux

qui pour toujours flottera dans l’âme du peuple.

Article 8.

II est décrété que la plus grande douleur

a toujours été et sera toujours

de ne pas pouvoir donner son amour à qui l’on aime

parce que c’est l’eau

qui donne à la plante le miracle de la fleur.

Article 9.

II est permis que le pain de chaque jour

ait pour l’homme la marque de la sueur.

Mais qu’il ait surtout, et toujours,

la chaude saveur de la tendresse.

Article 10.

Est permis à n’importe qui,

à n’importe quelle heure de la vie,

le port du costume blanc.

Article 11.

Il est décrété, par définition,

que l’homme est un animal qui aime,

et c’est pour cela qu’il est beau,

beaucoup plus beau que l’étoile du matin.

Article 12.

Nous décrétons que rien ne sera ni obligatoire ni interdit.

Tout sera permis.

Et surtout de jouer avec les rhinocéros

et de se promener par un bel après-midi

avec un immense bégonia à la boutonnière.

Paragraphe unique :

Il n’y a qu’une chose qui soit interdite :

faire l’amour sans amour.

Article 13.

Il est décrété que l’argent

ne pourra plus jamais acheter

le soleil des matins à venir.

Banni du grand coffre de la peur,

l’argent se transformera en une épée fraternelle

qui défendra le droit de chanter

et la fête du jour qui est arrivé.

Article final.

Est interdit l’usage du mot liberté,

lequel sera supprimé des dictionnaires

et du marécage trompeur des bouches.

A partir de cet instant

la liberté sera quelque chose de vivant et transparent ;

comme un feu, comme un fleuve,

ou comme la semence du blé,

et sa demeure sera toujours

le coeur de l’homme.