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Mais où vais-je? entrevue avec un conseiller en orientation

Dessin par Zola Martin-Lim
Dessin par Zola Martin-Lim

 

Pour Jean-François Jarry, conseiller en orientation au Collège, identifier un but à travers ses études est bénéfique autant aux niveaux économique, professionnel, que social. Notre journaliste Elizabeth Lawless s’est entretenue avec lui pour discuter de prises de décisions, d’intérêts et d’orientation dans les études.

D’abord, pourquoi penses-tu que certaines personnes éprouvent davantage de difficulté à prendre des décisions que d’autres ?

Une prise de décision est rarement facile surtout au niveau des études universitaires ou des relations amoureuses. Voici la majorité des raisons évoquées chez ceux qui viennent consulter en orientation :

• la peur de se tromper;
• le fait d’aimer un peu de tout;
• ou à l’inverse : rien ne parait passionnant;
• le conflit avec les ambitions parentales;
• une personnalité naturellement indécise;
• des préoccupations plus urgentes que le choix de carrière;
• le manque d’information fiable;
• le manque d’expérience à faire des choix de façon autonome;
• la peur de demander de l’aide;
• le risque de ne pas trouver de travail dans notre domaine préféré;
• les difficultés personnelles;
• une cote R trop faible pour accéder au programme de notre choix;
• le désillusionnement face au marché du travail;
• …

En ce sens, certaines personnes rencontrent davantage d’obstacles (personnels ou/et extérieurs) que d’autres, d’où l’explication que certaines d’entre elles éprouvent davantage de difficultés à prendre des décisions.

Aussi, il importe de noter que notre conception par rapport à un choix est souvent différente de la réalité. Être décidé ne veut pas nécessairement dire que tout est parfait. En fait, plusieurs étudiants de niveau secondaire et collégial se disent décidés, pourtant la grande majorité d’entre eux sont peu préparés et mal informés. Ce sentiment de certitude réduit la remise en question et leur vigilance, les rendant ainsi moins bien préparés. Par exemple, une personne veut devenir avocate depuis longtemps sauf qu’elle ne connaît pas ou peu les spécialisations du droit, ou une personne veut absolument devenir vétérinaire tout simplement parce qu’elle aime les animaux.

Nous espérons ressentir la certitude ou le coup de foudre avant d’avancer, mais en attendant, ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire. L’indécision est un passage souhaité.

Y a-t-il un moyen de prendre des décisions plus efficacement/rapidement dans la vie de tous les jours ?

Il ne faut pas oublier qu’il existe une multitude de moyens pour choisir efficacement. D’abord, il importe de comprendre qu’une prise de décision est différente pour chaque personne (les critères, le contexte, les exigences, les ressources, la personnalité, les goûts, les valeurs, …). En ce sens, les gens ne passent pas nécessairement par le même processus décisionnel. Il est donc conseillé d’utiliser plusieurs approches pour mieux appuyer ses décisions. Évidemment, la capacité à prendre des décisions efficacement s’acquiert avec l’expérience. Il existe tout de même plusieurs incontournables dans le développement du concept de prise de décisions et les voici :

• Apprendre à faire des choix efficacement ne s’apprend pas du jour au lendemain. Soyez patients et humbles, admettez vos erreurs et tirez-en un apprentissage. Vous enrichirez de plus en plus votre expérience à prendre des décisions de façon autonome;
• L’incertitude, voyez-la comme votre alliée : elle vous permet d’être prudents tout en suscitant un questionnement constructif;
• Identifiez vos besoins avant d’explorer vos options. En étant peu conscients de leurs propres besoins, beaucoup de gens compromettent leurs choix en étant facilement influencés par l’image de marque (fausse réputation des universités, vêtements griffés trop dispendieux par rapport à leur qualité, aller en médecine juste parce que c’est la médecine, …);
• Ayez un jugement critique. Une quantité incroyable d’information circule, n’allez pas croire tout ce que les gens racontent. Demandez-leur où ils ont pris leur information. Nous ne pouvons pas généraliser à partir de l’histoire de l’ami d’un ami ou d’un collègue;
• Posez des questions aux BONNES personnes. Les parents ont de bonnes intentions, mais souvent un écart s’installe entre les générations. Par contre, vous avez l’occasion d’aller aux portes ouvertes des universités et de rencontrer des spécialistes de plusieurs domaines;
• Osez demander de l’aide : il y a des spécialistes en orientation. Certains individus résistent à consulter par peur de se faire dire quoi faire, mais l’orientation consiste plutôt à cerner vos ambitions, vos compétences ainsi que les options qui s’offrent à vous. Vous avez le dernier mot;
• Soyez proactifs. Expérimentez, déployez, testez, explorez et découvrez vos talents en vous investissant dans le sport, le bénévolat, des projets comme l’engagement étudiant ou un emploi;
• N’attendez pas pour vous poser des questions. Plusieurs vont mentionner qu’il est trop tôt pour un faire un choix ou pour avoir certaines responsabilités. Peut-être, mais il n’est pas trop tôt pour se poser des questions et être dynamique face à ses ambitions.

Ensuite, en ce qui concerne ta spécialité, LA grande décision : que répondre aux personnes demandant constamment ce que l’on compte faire de notre vie, alors qu’on ne le sait pas et qu’on n’envisage pas le savoir d’ici peu ?

C’est comme s’il fallait déjà savoir ce que nous voulions au risque de nous sentir jugés. Nous avons l’impression d’avoir des comptes à rendre à notre famille ou à nos amis. La société actuelle surenchère les personnes décidées comme si ces dernières étaient confiantes d’elles-mêmes. Pourtant, les personnes trop décidées font souvent preuve d’intransigeance, d’impulsivité et d’irréprochabilité. En ce sens, si l’on vous demande quels sont vos projets de vie et que vous vous questionnez, vous pouvez leur répondre que :

• ce n’est pas encore le temps de trancher parce que vous êtes quelqu’un de réfléchi;
• vous êtes prudent et rationnel lors d’une prise de décision;
• vous êtes visionnaire et vous avez besoin d’un plus grand recul;
• les possibilités à venir fluctuent, donc vous restez ouvert à plusieurs opportunités;

Aussi, vous pouvez demander, à la personne qui vous pose la question, quels ont été ses options et ses cheminements pour en arriver à son choix actuel. Vous aurez probablement d’autres pistes qui vous aideront à approfondir vos réflexions.

Y a-t-il des trucs qui peuvent nous aider à «trier», si trop de choses semblent intéressantes, ou au contraire, à élargir ses horizons, si rien ne semble attirant ?

Il est fréquent d’avoir plusieurs intérêts tous aussi différents qu’intéressants et il devient difficile de trancher par peur de manquer de belles opportunités. Malgré les différences entre vos options, il se cache plusieurs points communs. Par exemple, si vous aimez l’architecture, la psychologie et la nutrition, il se pourrait que vous préfériez rencontrer les gens sur une base individuelle (accompagner, conseiller, …), que vous aimez résoudre des problèmes à l’intérieur d’un cadre structuré, ou même que vous voulez tout simplement voir la satisfaction des gens. Après avoir déniché les points communs entre vos intérêts, plusieurs pistes de réflexion s’appliquent. En voici quelques-unes :

• Allez en profondeur dans vos options. Notre perception d’un domaine professionnel diffère souvent de ce que c’est en réalité et du parcours académique que nous devons emprunter pour nous y rendre. Profitez-en pour aller faire des journées d’observation, lire la description des cours d’un programme et étudier les offres d’emploi actuellement affichées sur le web;
• Soyez plus sceptique. Même s’il y a des travailleurs qui disent avoir le plus beau métier au monde, demandez-leur quels en sont les revers;
• Osez de nouvelles expériences. Expérimenter permet de rattacher notre vécu à nos réflexions surtout lorsqu’il s’agit d’un choix de carrière. Autant que les déceptions que les surprises peuvent nous aider à mieux décider.

À l’inverse, ne paniquez pas! Il ne s’agit pas d’une problématique lorsque rien ne suscite vraiment notre attention. Souvent ces personnes sont plutôt réalistes, rationnelles, sélectives ou non-conformistes. Par contre, la démotivation et le désillusionnement s’incrustent si rien n’est entrepris et à long terme, notre vision de l’avenir devient quasiment sans issue. Il suffit simplement de changer notre perception en bénéficiant de notre côté réaliste et non-conformiste avec des pistes de réflexion constructives. En ce sens, ces personnes ayant un bon sens critique sont motivées pour apporter des améliorations et des innovations dans plusieurs domaines. L’exploration des possibilités professionnelles est davantage dirigée vers ce que l’on peut innover plutôt que choisir par intérêt. En étant difficilement satisfaits, vous pourrez apporter beaucoup de changement. Avec une vision comme celle-ci, certaines options deviendront de plus en plus attrayantes.

À quel moment doit-on envisager consulter un conseiller ou une conseillère d’orientation? Qu’est-ce qu’il ou elle pourrait apporter au processus de décision ?

Plusieurs étudiants attendent d’avoir perdu toute motivation ou d’être trop envahis par l’angoisse avant de venir consulter un professionnel en orientation. N’attendez pas! Lorsque vous vous y prenez tôt, vous disposez d’une plus grande période de réflexion avec de meilleures pistes d’information. Certains craignent avoir une mauvaise expérience ou ont entendu de mauvais témoignages en lien avec les conseillers d’orientation. À une certaine époque, l’orientation se résumait à faire correspondre un individu et un emploi. Maintenant, il s’agit plutôt d’aider la personne à prendre part au développement de la société. Nous ne sommes pas là pour vous dire quoi faire, mais plutôt pour vous présenter vos options et des solutions qui vous permettront de déployer votre potentiel tout en clarifiant vos aspirations.

Et, de fait, pourquoi avons-nous besoin d‘investir davantage en orientation dans le système scolaire québécois?

Dans le réseau scolaire, il n’est pas rare de voir un conseiller pour 1250 étudiants à lui seul. Ces chiffres sont alarmants et pourtant les bénéfices apportés par les professionnels en orientation sont très avantageux. La clarification des aspirations des étudiants influe grandement leur persévérance, leur motivation scolaire et leur responsabilisation sociale. Selon La Presse, un décrocheur coûte directement 500 000$ (http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/200810/24/01-32717-un-decrocheur-coute-500-000.php) sans compter la privation des retombées sociales d’une population mieux éduquée. Le taux de diplomation et la réussite éducative augmentent lorsque des buts sont rattachés aux études tout en donnant un sens à la matière vue en classe. Aussi, en réduisant le nombre de changements de programme tant au niveau collégial qu’au niveau universitaire, nous épargnons des frais de scolarité tout en minimisant l’endettement étudiant. Aussi, l’orientation favorise le développement au niveau de l’esprit critique, de l’autonomie, de la responsabilisation et de la conscientisation quant à son rôle social. Un étudiant conscient de ses objectifs et de son potentiel répond mieux aux objectifs liés à la réussite éducative et ne se contente pas d’une note de passage. À long terme, les gens ayant des objectifs clarifiés sont professionnellement plus motivés, davantage concernés et socialement mieux impliqués. Il faut plutôt voir les services en orientation comme un investissement.

Jean-François Jarry,
conseiller d’orientation
Remerciements à Mélanie Forest,
conseillère en information scolaire et professionnelle