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Le vent se lève, un hymne dédié au rêve éternel

Par Anaïs Medouni

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ! » 

Paul Valéry, Le cimetière marin 

Qui n’a jamais rêvé de voler, d’étendre des ailes majestueuses et de prendre les airs ? De rejoindre les oiseaux qui parcourent les cieux, parce que voler, un acte digne d’un rêve, c’est être libre ? Le récit d’Icare en est un universel ; depuis la nuit des temps, l’être humain tente de s’élever. Les ailes qu’il fabrique, faites de cire et de plumes dans la mythologie, évoluent main dans la main avec le progrès des technologies contemporaines. Ce progrès culmine lors de la Première Guerre Mondiale, alors que les technologies de l’aviation deviennent des outils utilisés lors des conflits. Arrivée la Deuxième Guerre Mondiale, les airs deviennent un champ de bataille fondamental et la conquête des cieux, autrefois symbole d’ambition et de liberté, devient fatale. C’est à cette époque que Jiro Horikoshi, personnage principal du long métrage animé Le vent se lève (2013) réalisé par Hayao Miyazaki, tente tant bien que mal de conjuguer sa passion du vol à la réalité sanglante qu’est celle de la guerre. L’histoire suit la vie et le parcours de Jiro, jeune ingénieur doué dans la conception d’avions, inspiré de l’homme au même nom ayant vécu entre 1903 et 1982. Un récit où les barrières séparant rêves et réalités sont floues et où la mélancolie est cachée dans le vent levant sur les plaines. Jiro, ingénieur mais surtout rêveur et artiste, incarne l’homme ambitieux dont l’ardeur inspire mais qui sait que tout a inévitablement un prix. Icare l’a appris à ses propres dépens ; lorsqu’on vole trop près du soleil, on finit par se brûler. 

Fidèle à sa réputation, le studio d’animation japonais Ghibli a délivré dans ce long métrage une assertion de sa maîtrise absolue du médium de l’animation, 28 ans après sa fondation. L’animation en 2D traditionnelle y côtoie la fort contestée CGI (ou effets spéciaux numériques), dont l’usage est cependant parcimonieux et bien judicieux. La grande qualité des fonds de chaque image, tous illustrés et peints à la main avant d’être digitalisés, témoigne de la nature profondément romanesque du récit, mais aussi tragique de celui-ci. Les cieux et les paysages, peints telles les peintures romantiques du XIXe siècle aux coups de pinceaux saillants, témoignent d’un sublime à couper le souffle, où la douceur de la nature est à l’honneur. Inversement, les images de feux et d’explosions sont poignantes ; la violence, bien que dissimulée derrière un voile d’esthétisme, y est indéniablement présente. 

La trame sonore qui accompagne ce récit, réalisée par Joe Hisaishi, n’est pas moins magistrale. Ayant fidèlement réalisé les trames sonores des films du Studio Ghibli depuis 1984 avec Nausicaä de la vallée du vent, l’apport du compositeur et chef d’orchestre est sans équivoque un élément clé complimentant de façon habile et sans faille l’histoire ainsi que les thèmes du récit, avec des refrains des plus mémorables. On compte notamment le morceau intitulé A Journey, qui ponctue le récit de Jiro en ressurgissant à intervalles régulières dans le film. Les morceaux qui constituent cette trame sonore allient douceur aux vues spectaculaires de vols d’avions et émotion aux moments plus émouvants. Les notes musicales sont poignantes et justes. Elles possèdent toutes le potentiel de raconter une histoire à part en remplaçant tout mot. 

Le film a rencontré les salles de cinéma en 2013 alors que Hayao Miyazaki annonçait pour la première fois sa retraite. Ce long métrage a donc été perçu par de nombreux critiques et adeptes des œuvres du réalisateur comme une lettre d’aurevoir, une ode à un tableau que le peintre croyait achevé, à une carrière et à un rêve que Miyazaki comptait comme fini. On peut voir dans le personnage de Jiro Horikoshi une sorte d’alter ego de Miyazaki, dont l’ambition et la vie d’artiste sont venues au prix de rude labeur et de nombreux regrets. Regrets quant à sa vie personnelle et d’artiste que le réalisateur et dessinateur a exprimé lui-même lors de maintes entrevues. Cette œuvre, synthèse du travail de Miyazaki, reflète la beauté et la mélancolie de son propre rêve, de sa propre carrière. Synthèse, car elle catalyse aussi de nombreux thèmes et aspects récurrents dans ses films. L’aspect visuel est le plus marquant, alors que le long métrage met de l’avant plus que jamais la beauté sereine de la nature, constante dans toutes ses œuvres.  

L’intérêt de Miyazaki pour les airs et le vol est aussi central dans Le vent se lève. Dès le premier film réalisé par le studio, le vol est à l’honneur ; que ce soit sur des planeurs d’une technologie étrangère, des sorcières chevauchants leurs ballets ou encore à dos de dragon, il semblerait que de nombreux personnages nés du crayon de Miyazaki partagent l’ambition de rejoindre les cieux.  

Le vent se lève le présente ainsi : le rêve, malédiction et bénédiction octroyée à l’humanité, est une plaine où se côtoient carcasses d’avions écroulés et herbes vivaces qui frissonnent au toucher d’une douce brise de printemps, ce qui en fait une continuité et une fin : 

Le rêve, la vie, est un vent qui se lève. 

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