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Le retard de l’opinion publique face à la crise écologique

Par Marie Rhéaume

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, l’opinion publique ou parole sur laquelle les individus s’appuient pour élaborer un jugement, a pris un tournant par la démocratisation des informations vraies comme fausses qui circulent sur ces plateformes. Or, la confiance en l’information de sources jugées fiables décline, selon les études relayées par le sociologue William Davies dans un article dédié à cet effet au quotidien The Gardian.

C’est ainsi que, face aux enjeux modernes tels que la crise climatique, l’opinion publique peut jouer un rôle clé de sensibilisation et de transfert de connaissances. Et pourtant, si l’écologie apparaît de plus en plus dans les discours politiques et médiatiques actuels, l’inaction mondiale vis-à-vis de la problématique remet en question sa place dans l’opinion publique.

Cynisme

Dans notre société, l’opinion se veut libre et nécessaire.  La difficulté de réguler le vrai du faux sur les réseaux sociaux participe au désordre d’informations et de tendances complotistes qu’on y retrouve. Pourtant, au-delà de l’avènement de théories pseudo scientifiques sur l’écologie, ce désordre médiatique échoue à s’organiser sur la reconnaissance de l’enjeu et de son ampleur. Et ce, malgré le partage sans équivoque de la gravité de la situation par la communauté scientifique.

Quelques statistiques

L’ONU brosse un portrait de l’avenir anxiogène. Dans son dernier rapport, elle dénonce une guerre contre la nature « insensée et suicidaire » : une « triple urgence » tant au niveau des souffrances humaines, des effondrements économiques et de l’accélération de l’érosion de la vie sur terre menaçant notre viabilité en tant qu’espèce.

La Banque mondiale ressasse à son tour, dans un rapport, plus de 200 millions de réfugiés climatiques dans les 30 prochaines années.

Autres faits à l’appui, la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) dans une étude ressasse la disparition de 83 % des espèces depuis le début de la civilisation humaine.  Une conséquence inéluctable de notre activité : l’humain qui représente 0,01% des vivants, s’accapare 60% des mammifères.

La revue Nature Climate Change prévoit 74% de la population mondiale exposée à des canicules mortelles de plus de 20 jours.

Quand bien même la liste des enjeux ci-dessus est non exhaustive, le constat est alarmant et scandaleux. Il faut faire quelque chose, mais rien n’est fait.

« Pourquoi ? »

Si la question suscite de l’écoanxiété chez certains, l’indifférence qu’elle suscite chez d’autres, rappelle que l’opinion publique ne fait pas consensus en matière d’écologie. Elle faillit dans sa capacité de mobiliser autour de cet enjeu.

D’une part, car l’ampleur du problème est sous-estimée. D’autre part, parce qu’elle entre en conflit avec d’autres volontés sociales et politiques partagées en société. Une promotion du progrès rapide des nouvelles technologies des GAFAS et de la consommation abusive de biens & services qui transcendent les générations (fast fashion, fast food, etc.) sont des exemples de désirs populaires qui entre en conflit moral avec la nécessité écologique de réduire ces pratiques.

C’est pour toutes ses raisons que si l’opinion publique a le pouvoir de forger les mœurs d’une société, il semblerait qu’elle est, aujourd’hui, en retard face à la crise écologique.