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Le mur de la désolidarisation

Par Sarah Belemhaïdi

«…L’esprit de l’homme partage et divise la surface de la terre pour y mettre l’ordre.»

Cette phrase citée par Joseph Thomas Delos représente davantage l’idéal que la réalité. La division et le partage ne sont malheureusement pas des outils pour construire la communauté, mais plutôt pour construire ses murs cellulaires. En effet, les récents événements présentés dans les médias en sont des preuves : un ignare qui se retrouve au pouvoir et l’ignorance qui laisse toute une communauté en deuil. L’attentat de Québec était le fruit de l’ignorance, cultivée par la peur de l’autre, et nous pourrions ajouter à cela les propos racistes et xénophobes du président états-unien élu.                     

Il y a cette volonté de vouloir séparer le peuple et le meilleur moyen pour cela est, bien sûr, de pointer les différences et enterrer les valeurs communes. Il y a un mur de désolidarisation qui veut être construit, autant au sens propre qu’au sens figuré, et dans une époque où la majorité de nos connaissances politiques et sociales proviennent des médias, je crois qu’il est impératif de se questionner, de chercher et de vouloir connaître le pourquoi de la chose, pas seulement le quoi et le comment. Car si l’on divise la terre pour la partager, c’est effectivement pour y mettre l’ordre, pour y faire régner une communauté unifiée mais partagée entre diverses familles ethniques. Il y aurait alors un équilibre, nécessaire au respect de l’autre et malgré que la vague médiatique actuelle tente de l’asphyxier, le lien de solidarité serait indéfectible.

Toutefois, afin de briser le mur de la désolidarisation, la lutte contre l’intolérance et la haine se doit d’être présente des deux côté de cette barrière. Une chose que je trouvai émouvante lors de la cérémonie pour nos six martyrs fut de voir des frères et sœurs d’autres confessions soutenir la communauté musulmane : juive, chrétienne, sikh et d’autres encore. Les discours des maires et ministres canadiens et québécois étaient des discours de soutien, d’espoir et une volonté de construire un meilleur avenir, dans la sécurité et la paix, se cachait derrière les paroles de certains. Le premier pas a été fait, je crois donc que c’est au tour de la communauté musulmane de faire le prochain. On ne peut espérer que la discrimination et le racisme cessent tout en restant cloîtrés et intolérants face à la culture qui nous a accueillis. Je trouve cela consternant de venir s’installer parmi un peuple mais de vanter jour et nuit que notre culture ou notre religion est meilleure que la leur. Pourtant, les religions nous enseignent tout autre. On divise et partage la terre, afin qu’elle soit un lieu ordonné, harmonieux et accueillant aux diverses familles ethniques qui la composent. Le pouvoir appartient au peuple unifié et le mur de la désolidarisation, qu’il soit individuel ou collectif, ne tend pas vers cet ordre. C’est pourquoi nous nous devons de rester solidaires, peu importe les futurs propos d’un certain président ou d’éventuels actes vindicatifs.

1DELOS, Joseph Thomas. Le problème de civilisation. La nation I : Sociologie de la nation, Montréal, Éditions de l’Arbre, 1944, p. 14.