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L’art de Gustaf Fjaestad : l’hiver en douceur

Par Anaïs Medouni

Gustaf Fjaestad (Suède, 1868-1948), Winter Landscape, 1925. Huile sur toile, 94 x 103 cm.

Il est largement connu que le XXème siècle fut une période génitrice d’une multitude de mouvements artistiques, proches prédécesseurs de notre art contemporain. Si nombreux étaient les mouvements qu’on n’en a pas tous entendu parler. Même en Europe, épicentre des arts et de la culture pendant des siècles, il y a eu des oubliés. 

L’artiste peintre Gustaf Fjaestad (1868-1948) travaillait son œuvre à cette époque. Ses tableaux, dont Winter Landscape (Paysage hivernal) réalisé en 1925, représentaient essentiellement son pays natal durant la rude saison hivernale. Or, au lieu de la faire paraitre dans sa froideur, il peignait l’hiver pour en faire ressortir le calme et la douceur qui y est enfouie. 

Son œuvre faisait donc partie du mouvement du nationalisme romantique des années 1890 caractérisant les artistes qui peignaient des paysages de leurs contrées natales tout en cherchant, à la manière des romantiques, à inspirer une réponse émotive chez le spectateur. Nombreux autres peintres nordiques, dont Ossmund aux oeuvres plus fauvistes, se sont inscrits dans ce mouvement. Gustaf Fjaestad, peintre suédois, se concentrait lui sur les plaines et forêts enneigées du crépuscule, mettant en scène la flore locale gelée et pourtant doucement colorée. Ses peintures mettaient toutes en scène – ou presque – un paysage hivernal, en nous laissant loin de la sensation de froid à laquelle la saison est associée. 

Les couleurs pastel et chaudes constituaient essentiellement sa palette et s’accordaient avec la facette douce et sereine d’une nature tirée du rêve et du mystère, tout en étant empreint d’un air familier. Ainsi, pour le spectateur, c’est peut-être un lac dans les Alpes, l’Himalaya ou le Québec qui est représenté dans la peinture. 

Sōichirō Tomioka(富岡惣一郎 Japanese, 1922-1994)
谷川新雪, Mountain Stream with Fresh Snow, Print on Japanese paper

L’artiste appliquait une fine touche à son œuvre, tout en apportant assez de détails pour créer un équilibre entre un léger flou flottant et une netteté plus-que-réelle. L’utilisation de lignes de perspective dans la berge de l’eau et dans la cime des arbres amène une impression de profondeur qui nous permet d’autant plus de se plonger dans la scène. 

En glissant sur la glace, dépassant la branche enneigée qui obstrue le côté droit du tableau, on imagine s’ouvrir à nous une vue grandiose, continuité de ce qui se dresse devant nous ; digne d’être qualifiée de Sublime. 

La nature, blanche et laiteuse dans la lumière du couchant, est universelle. C’est une nature que nous connais tous et qui a la capacité de nous transporter. La technique de Fjaestad la rend ainsi.

Au même siècle et à l’autre bout du monde, le peintre Soichiro Tomioka (1922-1994) d’origine japonaise faisait aussi des peintures de l’hiver de son pays natal tout un ouvrage. À l’opposé du cercle chromatique, il employait des teintes de blanc et de bleu virant au noir pour décrire une nature plus hostile, mais tout aussi esthétique. Dans ses peintures à la composition quelque peu minimaliste, nous n’observons pas tant une scène qu’un aspect de la nature de plus près. Dans son œuvre 谷川新雪 / Mountain Stream with Fresh Snow, seuls des ilots de neige fraiche dans un cadre en contreplongée suggèrent un hiver profond. Le plan d’eau, à l’opposé des roses doux de Fjaestad, est un bleu profond. D’un hiver, on en voit deux.

Les œuvre de G. Fjaestad se retrouvent présentement au Nationalmuseum de Stockholm. Peintures avant tout de son pays natal, elles ne l’ont pas quitté.

À regarder les tableaux de Gustaf Fjaestad, on sent la saison froide arriver. Et on se dit : en fin de compte, ça ne sera pas si mal.