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Juger un livre par sa couverture

Par Anaïs Medouni

Chaque livre est une rencontre. Avec un monde, un imaginaire, un style, des idées, et avec un auteur. C’est aussi un voyage et une expérience ; un livre qu’on juge bon c’est un livre qui nous transporte, nous décrit des paysages inédits, vivides, des personnalités nouvelles ou intrigantes, dans tous les cas assez singulièrespour qu’on puisse sentir qu’en tendant assez la main, on pourrait les effleurer, peut-être même les toucher…

La rencontre commence lorsque les premiers regards sont échangés. La scène se passe dans une librairie, dans une bibliothèque ou dans le métro. C’est un livre que quelqu’un d’autre lit ; il est accoté contre une barre et il le tient d’une main. Premier regard, coup de foudre. La couverture du bouquin vous accroche le regard. Elle est colorée, ou le titre vous a intrigué ? Vous ne voyez pas bien l’image, alors vous tentez de bouger sans trop bouger, vous faites le discret, mais vous êtes intrigués tout de même. C’est l’image d’un paysage, ou d’une femme ? Elle est debout à côté d’un arbre, les couleurs sont ternes. Du gris, bleu pâle. Vous pensez : une histoire triste ? Ou peut-être une romance qui tourne à la tragédie ? La femme, qu’est-ce qu’elle vit ? Et l’arbre, qu’est-ce qu’il représente ? Arbre dit vie, ou connexion, racines ? C’est votre arrêt, vous descendez, mais vous avez eu le temps de lire le titre : Pays de neige. La rencontre était brève, mais mémorable. Le lendemain, ou la semaine d’après, vous chercherez ce même livre dans une librairie. Vous l’achèterez, vous le regarderez de plus près, et puis vous le lirez.

On dit de ne jamais juger un livre par sa couverture. Et pourtant, la couverture d’un livre en dit tant ! Soigneusement choisie puis réalisée par un artiste, un illustrateur ou un photographe ; gros titre ou à lettres moulées et solennelles, graves. Coloréeou terne, noire et blanche ou à traits rouges flamboyants, la couverture d’un livre nous marque. Elle peut nous capter, nous influencer, oui, mais aussi nous aider à visualiser ce qu’on lit, et à imaginer.

Lorsque j’ai commencé à lire Pays de neige de Yasunari Kawabata, j’imaginais déjà le pays de neige grisonnant avec sa lumière froide et tamisée ; pays de neige, même en été. Lorsque l’auteur commençait à décrire les montagnes encadrant le village enseveli et ses personnages, aussi solitaires que le décor qu’ils habitent, je ressentais déjà la mélancolie, douce mais amère, qui flottait dans l’air. Alors, je revoyais la femme sur la couverture : une femme sans visage, debout près d’une branche d’arbre sur un fond gris. À travers cette image, j’avais compris sa peine et ressenti l’émotion propre conviée par cette œuvre littéraire.

Juger un livre par sa couverture est un biais, certes, mais n’y a-t-il pas un plaisir à cela ? Se laisser embobiner par une vision, emporter par un ton. On se trompe, mais est-ce qu’on se trompe vraiment ? Une couverture bien faite nous imprègne de l’ambiance d’un livre et de ses thèmes. Elle nous aide à visualiser les lieux et les gens ; d’un coup d’œil, on voit. C’est une vue de l’esprit, floue mais infinie, d’un monde. D’un imaginaire à un autre, une image fait voyager et communique une histoire. Un livre dépasse les mots imprimés ; alors pas de mal à juger un livre à sa couverture.

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