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Dans les coulisses du Cinéma du Parc : entrevue avec Mario Fortin

Par Anaïs Medouni

Les cinémas se sont forgé une place depuis l’émergence du 7ème art comme lieu privilégié de socialisation, de divertissement et d’ouverture culturelle. Aujourd’hui plus que jamais, il est à son paroxysme en termes de diffusion et de nombre & genre de productions, courts ou longs métrages réalisés chaque année, et ce malgré le contexte pandémique actuel. Quelle réalité et quels enjeux les cinémas ont-ils dû faire face dans cette période de crise ? Et plus généralement, comment assurer le succès des films ? Lesquels choisir ?

Nous avons rencontré Mario Fortin, directeur général du Cinéma du Parc et de ses deux frères, les Cinémas du Musée et de Beaubien, pour qu’il nous en dise plus sur la distribution des films et les difficultés rencontré par le cinéma lors de la pandémie de Covid-19.

(Anaïs Medouni) Comment est-ce que vous sélectionnez les films que vous projetez ?

(Mario Fortin) Souvent, les distributeurs ou les producteurs d’un film nous approchent lorsqu’ils ont un film complété et prêt à être diffusé en salle, pour le grand public. À ce moment-là, on regarde si le film mérite une sortie à une séance par jour ou si c’est un blockbuster qui se vend à des milliers de copies. C’est là que le rôle de distributeur nous rencontre, nous, en tant que propriétaires de cinéma.

Je remarque que le Cinéma du Parc projette plusieurs films anciens, je pense à Mirroir d’Andrei Tarkovsky ou encore In The Mood For Love de Kar Wai…

Pour nous, c’est de la programmation complémentaire. On va d’abord et avant tout présenter les primeurs. Mais si on veut mettre un peu de confiture sur notre pain, c’est là qu’on va présenter des films comme ça, qui sont des classiques (…) on a la chance de vivre à une époque où la pellicule a été remplacée par le numérique il y a peut-être 10, 12, 15 ans ce qui fait que ces grands classiques auxquels vous faites référence sont « remasterisés », nettoyés et digitalisés. […] Présentement, il y a des milliers de films qui ont été faits depuis le début du cinéma, donc on est assis sur une petite mine d’or et on les sort petit à petit.

Est-ce que vous prenez les suggestions du public pour les projections ?

La réponse est oui, si on l’a. Nous n’avons pas de films, on doit aller les chercher, repasser la ligne de droits et essayer de voir comment on serait capable de les présenter. Il y a plein de films qu’on est capable de ressortir. La plupart sont des très vieux films qui deviennent du domaine public après 50 ans. C’est pour ça qu’on peut faire jouer la 9ème de Beethoven – en faisant référence au film Orange mécanique de Kubrick diffusé au cinéma il y a quelques semaines de cela – sans payer un sou à Beethoven.

On ne paye pas de droits de musique, et c’est la même chose pour le film. On vit des droits d’auteurs : c’est la base de notre industrie.

Comment ces classiques sont reçus par le public ?

Si je le savais ! En fait, on organise ces films en « packages ». Maintenant, on travaille sur le prochain « package », une dizaine de films (…) c’est essayer de trouver un mix. Habituellement, il y a un film « évènement » et un film « anniversaire ». On essaye d’avoir quelque chose de diversifié pour toucher la plus grande clientèle possible. Parfois, on sait que que tel film va être un hit, un blockbuster qui va remplir la salle et finalement il y a personne (…) d’autres qu’on met juste comme ça et qui finissent par avoir un gros succès.  Peut-être parce que celui-là est représenté ailleurs ou il est plus difficile à trouver sur internet, ce qui va faire qu’il y aura plus de monde. C’est tout plein de facteurs, hors de notre contrôle, comme ceux-là qui jouent.

Donc, les films les plus populaires restent les blockbusters ?

Pour ces films, ça se fait tout seul, mais c’est comme du fast-food : vite mangé, vite digéré et vite oublié. Ce sont surtout les autres films dont il faut faire des blockbusters. Parasite (2019, Dir. Bong Joon Ho), quand il est sorti pour la première fois, personne n’aurait pensé que l’histoire d’une famille de paumés dans un demi-sous-sol inondé intéresserait du monde. Et pourtant, c’est parti et c’est devenu un blockbuster ! À partir de quel moment un film inconnu devient un succès ? Ça fait 48 ans que je travaille dans cette industrie-là et je n’ai pas trouvé la réponse.

En parlant de public, quel a été l’impact de la pandémie sur votre cinéma ? Quelles solutions avez-vous envisagées pour ramener le cinéma à la vie ?

D’abord, quand ça a fermé, on nous a dit que c’était pour deux semaines, mais rapidement, deux semaines en sont devenues quatre et ça n’a pas arrêté. Après un certain nombre de semaines, on a laissé tomber les employés par vague, jusqu’au moment où on a été obligé de mettre tout le monde au chômage. Ça a été très pénible. On ne savait pas combien de temps ça allait durer, mais on ne voulait pas perdre le contact avec les clients. On a envoyé des infolettres pour offrir la possibilité au public de continuer à supporter le cinéma en utilisant notre plateforme en ligne pour visionner les films. On arrivait à peine à survivre avec ça, mais ça gardait le contact. Maintenant, on est revenu à une utilisation presque normale des salles et, le cinéma en ligne, on le garde puisqu’il est là, mais on ne pense pas le garder longtemps. On n’a pas les moyens pour rentrer en compétition avec les autres plateformes de diffusion de films en ligne.

Alors, qu’envisagez-vous pour l’avenir ? Quelles ambitions pour le Cinéma du Parc ?

La fermeture complète du cinéma pendant la pandémie nous a fait réaliser que l’humain a besoin de socialiser, a besoin de sortir, a besoin d’aller au cinéma, et on sera là pour les accueillir. Être tout seul dans son salon pour écouter une comédie, ce n’est pas drôle. Il faut qu’il y ait du monde autour de soi pour qu’on puisse rire. C’est ça qui fera que le cinéma aura encore sa place dans 10 ans, 20 ans.


Présentement, le Cinéma du parc affiche au programme des nouvelles sorties attendues dont Dune et The French Dispatch, ainsi que des projections de la 15e édition du Festival du Film Brésilien à Montréal, du 26 novembre au 2 décembre 2021. Le 10 décembre, la diffusion exceptionnelle de Invasion USA avec Chuck Norris est à ne pas manquer.